
Il y a quelques mois, alors qu’il officiait en dehors de notre département, un célèbre organisateur de tournois, évoquant la réussite de son circuit, se confiait en ces termes à propos des clubs : « Dans les P-O, je les ai saignés. »
Si la qualité de la formule cadre bien avec l’état d’esprit du personnage, il faut bien admettre qu’elle s’avérait être d’une véracité implacable : pendant plusieurs années, la plupart des clubs ont sous-traité l’organisation de leurs compétitions à une entreprise privée, favorisant l’émergence d’un monopole, le développement de pratiques douteuses, non contrôlées, et encore moins sanctionnées par les instances fédérales.
Alors que le nombre de clubs et de tournois se multiplie, que beaucoup de clubs ont réussi à s’émanciper, que les amis et partenaires d’hier sont les concurrents d’aujourd’hui, l’éclatement de la bulle se rapproche à vitesse grand V.
Y a t-il déjà trop de tournois ?
Le modèle padel est majoritairement un business et, forcément, l’exploitation des complexes sportifs privés est soumise à des impératifs de rentabilité. La qualité des compétitions et l’esprit sportif ? Circulez, y a rien à voir.
Taux d’occupation des pistes, remboursement de prêts bancaires ou de briques, chiffre d’affaires, pompe à bières, pompe à fric : le weekend, il ne s’agit plus de mettre en valeur les vainqueurs de telle ou telle compétition, mais de faire tourner la machine à billets.
Le calcul est simple. Un petit club comme Can Padel, qui loue ses deux pistes 6€ le weekend, va engranger 144€ de chiffre d’affaires sur un laps de temps de 4h30.
En organisant un tournoi à 8 équipes sur la même durée, au tarif de 22€, ce sont 352€ qui entrent dans les caisses.
Même en soustrayant les boites de balles, les droits d’homologation, et l’indemnité du Juge-Arbitre Padel, l’opération reste rentable, d’autant qu’en fonction des horaires choisis, elle peut stimuler les dépenses de restauration.
Vous l’avez compris, ce n’est pas par amour du sport et du jeu que les compétitions se multiplient aux quatre coins du département. Il faut rembourser les dettes. Et pour certains, les intérêts de la dette.
Alors, effectivement, ça risque de piquer en 2026. Mais pas forcément pour ceux auxquels on pense.
Car en matière d’organisation de tournois, on peut distinguer quatre types de clubs :
- Les hyper-actifs privés : le Mas, le French Padel Club, Can Padel, le Viapadel Club.
Ces clubs multiplient les tournois, tous les weekends, et parfois en semaine, dans la plupart des catégories. Des centaines de tournois par an, donc, qui permettent de faire tourner les boutiques.
Pendant plusieurs années, le Mas et l’ex-Central, mastodontes locaux, ont préféré déléguer l’organisation de leurs tournois à la société Viapadel, aujourd’hui concurrente via la création du club de Rivesaltes.
Ce mode de fonctionnement a pris fin avec l’arrivée de nouveaux Juges-Arbitres de Padel indépendants n’ayant pas la main-mise sur les fichiers clients des clubs, et rendant la tenue des évènements beaucoup plus rentable pour les dirigeants. Stop la saignée.
Quant à Can Padel, le club aux 220 licenciés (pour deux pistes) continue à faire figure de poil à gratter atypique, mi-privé en théorie, mi-associatif en pratique. Beaucoup de tournois, du Ranking, des americanos, des formats inédits, des tarifs préférentiels et des prix contrôlés, y compris au bar et dans la restauration, mais pas de pochettes cadeaux avec un Balisto dedans. C’est un choix.
- Les associatifs motivés : le Barcarès, Saleilles, et dans une très moindre mesure, le Moulin à Vent et le Tennis Padel des Fontaines à Saint-Genis.
Le club de Jean-Marc Chavey fait figure d’exemple en terme de dynamisme et d’offre de tournois. Si l’implantation un peu à l’écart et le caractère ultra familial du Barca y sont pour beaucoup, il faut souligner la qualité des infrastructures, les trois pistes étant couvertes, et la piste centrale, un modèle.
Au Tennis Padel Club Saleillenc, présidé par Christophe Botella, il y a des tournois, des évènements organisés par les membres, du tennis, de la vie. Ici, on a inventé les Ligas avant tout le monde, et les abonnements no limit. On joue dehors, on respire.
Au Moulin, nouveau fief du Comité, le padel repose sur les épaules de Paul Sable-Capella, jeune JAP qui fait avec les moyens du bord, et notamment un troisième court outdoor, alors qu’il aurait été largement plus judicieux, au vu du potentiel et de la localisation, de saturer les deux premiers en leur offrant une couverture pour l’hiver.
Tapis rouge pour le futur complexe à Agrosud, ou simple erreur stratégico-comptable ?
A Saint-Genis, une belle communauté s’est créée a priori, autour d’un beau complexe municipal agencé avec goût, favorisant les rassemblements, et donc les tournois.
- Les privés mi-figue mi-raisin : A Padel, le Five, Ducup, Polygone Indoor.
A Thuir, ça commence enfin à bouger. Le plus beau club du département organise des tournois tous les samedis. C’est un début, et ça va exploser bientôt. Les paris sont ouverts.
Concernant les autres clubs de la catégorie, le padel n’est pas une priorité : musculation, restauration, et surtout futsal….l’organisation de tournois ne constituant pas la clef de voûte de leur modèle économique, ces structures préfèrent continuer à gagner moins en faisant confiance à une entreprise concurrente qui, de surcroit, n’est plus détentrice unique de la communauté padel.
De belles preuves de fidélités gratuites qu’on aimerait voir plus souvent.
- Les associatifs loisirs : Canet, Saint-Cyprien, Banyuls-sur-Mer, USAP….et d’autres.
Un tournoi par-ci par-là, sous-traité ou pas, et surtout pendant les beaux jours : ces clubs ont choisi de privilégier les parties amicales et la tranquilité, et ils peuvent se le permettre. Je suis persuadé que leurs membres sont heureux.
Tous ces clubs appliquent une politique tarifaire similaire.
L’inscription au tournoi coûte entre 20€ et 25€ suivant la catégorie. Parfois, des réductions sont accordées aux licenciés des clubs organisateurs.
Dans tous les cas, ces prix paraissent aujourd’hui excessifs au regard du choix offert aux joueuses et joueurs, et une guerre des prix risque d’être déclarée dans les prochains mois.
À Can Padel, ils sont prêts.
Via l’organisation de l’unique tournoi au monde quasiment non rentable, car précédé d’une phase Americano gratuite (le P100 ITD), l’esprit associatif, à Saleilles, s’est substitué aux impératifs d’absolue rentabilité.
L’envie de contribuer au développement du padel, en démocratisant la pratique via des tarifs mesurés, est un leitmotiv de ce club.
L’offre de tournois, vitale pour la pérennité économique des puissants, est donc très importante dans les P-O, et la tendance n’est pas à la baisse, malgré les signes d’essoufflement.
Pour preuve, en corollaire à cette course aux tournois, la chasse aux licences a battu son plein en ce début de saison.
Peu le savent, mais le nombre de tournois maximum auquel peut prétendre un club dépend de son nombre de licencié(e)s.
A titre d’exemple, suivant le barème actuel pondu par la FFT, Can Padel a besoin de 80 licenciés pour être en no limit.
Si ce chiffre est en passe d’être atteint après juste un mois de vécu dans la saison 2025-2026, l’objectif est forcément plus compliqué pour les clubs qui possèdent davantage de pistes, et qui doivent prospecter avec plus ou moins de tact, sous-couvert de promesses interclubesques et d’avantages ponctuels, réductions ou autres cadeaux, plus ou moins intéressants.
La limite entre l’incitation fine et le débauchage bourrin ? Très fine, mon cher, très fine.
A Can Padel, voyez-vous, ils ont choisi d’offrir 50€ de crédits aux 50 premiers renouvellements de licence.
Sans l’annoncer a priori. Juste pour faire plaisir aux fidèles.
Dans les prochains mois, les 2-3 prochaines années, de nouvelles structures vont se monter, et pas seulement privées. Les clubs de tennis, présents dans la plupart de nos villes et villages, ont compris les besoins de leurs membres et la nécessité de renouvellement face à la multitude de sports et d’activités proposées. Les municipalités, soucieuses du confort et du bien-être des administrés, subventionnent.
A terme, y a t-il un risque de saturation ?
Clairement.
Déjà, il semble parfois plus difficile de remplir sereinement les P25 et les P100 qui se jouent aux même dates, alors qu’on dit partout qu’il y a des nouveaux pratiquants à la pelle.
Dévoyée et banalisée, la compétition de petit niveau perdrait-elle de son attrait ?
Pour préserver l’équité et la concurrence saine entre les clubs, le Comité devra mettre les mains dans le cambouis et se poser les questions qui fâchent.
A qui profite réellement la multiplication des tournois ? Fédé ? Gros clubs privés ? Joueuses et joueurs ?
Un vrai calendrier de tournois, cohérent, strict et équitable, possible ou pas ?
Et si, enfin, on mettait le nez dans l’organisation des tournois, en privilégiant la qualité à la quantité ?
Si, pour différentes raisons (ancienneté générale, et notamment des écoles de padel, assise financière saine, investissements et endettements mesurés, adaptabilité), le Mas, le French Padel et Can Padel semblent pouvoir surmonter la baisse de fréquentation inhérente à l’explosion de l’offre dans les mois qui viennent, on attend de voir avec impatience comment la capitale mondiale du muscat va sortir son épingle du jeu, sachant qu’il ne suffit pas de prétendre être le meilleur pour convaincre le chaland, il faut aussi le montrer au quotidien, en faisant preuve de qualités humaines et de valeurs qui ne sont pas données à tout le monde.
Après tout, de pleins weekends de parties amicales, de coups à boire, de challenges loisirs et de fous rires, n’est-ce pas ce que nous attendions tous du padel, à l’origine ?

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